25 juin 2008
Toutes ces odeurs...
ELIF SHAFAK, LA BÂTARDE D'ISTANBUL, Phébus, 319 pages, 2007. Traduit par Aline Azoulay. Genre : dans la vie des femmes stambouliotes.
Voilà un roman que je me suis empressée de noter sur mon petit carnet à sa sortie, persuadée qu'avec tout ce que la quatrième de couverture promettait, je serai sous le charme.
Deux famille se partagent l'affiche : les Kanzanci, Turcs d'Istanbul, et les TchakhmakhchianTchakhmakhchian, arméniens réfugiés aux Etats-unis. Sur fond du génocide arménien et des responsabilités de la Turquie, les femmes Kanzanci vivent toutes dans la même maison et prennent soin les unes des autres, particulièrement la petite dernière Asya, fille de Zeliha sans père et rebelle à tout, particulièrement à sa mère qu'elle appelle "tante" comme les autres. Les hommes sont absents, tous morts jeunes, sauf Mustapha, leur frère parti vivre en Arizona. Armanoush TchakhmakhchianTchakhmakhchian est partagée entre son père et sa famille arménienne et sa mère, américaine remariée avec un turc. Traumatisée par son ancienne belle-famille, elle garde une haine farouche envers tout ce qui est arménien. Difficile pour sa fille Armanoush de construire son identité. Les deux familles vont se croiser pour le bonheur des uns et le malheur des autres.
Difficile de montrer toute la richesse de ce roman sans trop dévoiler l'intrigue. J'ai vécu pendant trois jours au rythme des rituels turcs, conquises par le caractère des personnages, leurs paradoxes, leurs failles et submergée par les odeurs émanant de ces pages où la cuisine est omniprésente. Le nom de chaque chapitre est un ingrédient essentiel dans la cuisine turque et met l'eau à la bouche. Les deux jeunes femmes qui cherchent qui elles sont réellement nous font entrevoir la complexité des cultures turque et arménienne et leur vision du génocide. Un peu d'histoire, des personnages attachants, des couleurs chatoyantes et des odeurs et surtout des histoires de famille complexes comme on les aime. J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman et j'ai bien envie de continuer à découvrir cet auteur (qui a échappé à la prison de peu après avoir écrit ce livre (ouf!), accusée d'avoir insulté l'identité nationale).
Delphine et Amanda ont des avis qui rejoignent le mien.
Bonne lecture !
23 juin 2008
Le livre voyageur de Bladelor...
CARLOS MARIA DOMINGUEZ, LA MAISON EN PAPIER, Seuil, 109 pages, 2004. Traduit par Geneviève Leibrich. Genre : le pouvoir des livres.
Je n'avais jamais entendu parler de cet auteur et de ce roman avant que Bladelor nous donne son avis ici. Devant de nombreux avis enthousiastes, Bladelor en a généreusement fait un livre voyageur qui vient de faire escale chez moi après un petit tour chez Loutarwen.
Bluma Lennon, brillante universitaire, décède tragiquement alors qu'elle lisait un livre avant de se faire faucher par une voiture. Un argentin la remplace et reçoit un mystérieux livre, recouvert d'une croûte de ciment. Intrigué par ce colis, il décide d'aller à la recherche de l'expéditeur et d'en savoir plus.
J'avoue avoir été un peu déçue par ce roman, sûrement parce que j'en attendais beaucoup vu toutes les belles choses que j'avais lu dessus. D'ailleurs, ça ressemble plus à une nouvelle qu'à un roman. J'ai apprécié la réflexion autour des livres et ce que peut provoquer la compulsivité chez certains irrécupérables. Heureusement, ce sont des cas extrêmes et je ne me sens pas visée par les dangers encourus. Je me rends compte que finalement je n'ai pas grand chose à dire dessus. Mon avis se rapproche assez de celui d'Emeraude.
Bonne lecture!
21 juin 2008
Le dernier Nick Hornby...
NICK HORNBY, SLAM, Plon, 289 pages, 2008. Traduit par Francis Kerline. Genre : les adolescents et les grossesses.
Vous connaissez tous maintenant l'opération masse critique organisée par Babelio. Grâce à Guillaume, j'ai moi aussi reçu un roman et pas des moindres pour moi car j'aime beaucoup les romans de Nick Hornby et je les ai presque tous lu. C'était une bonne façon pour moi de lire son dernier. Alors merci à toute l'équipe de Babelio et à Guillaume en particulier.
Sam a 15 ans et vit seul avec sa mère depuis le divorce de ses parents. Ils l'ont eu à 16 ans et lui parlent souvent des difficultés qu'ils ont rencontré. Sam est un ado comme les autres, fan de Tony Hawk au point qu'il parle au poster dans sa chambre quand ça va pas. Grâce à sa mère, il rencontre Alicia avec qui il vit sa première histoire d'amour. Mais l'histoire semble se répéter quand Alicia tombe enceinte.
Ma première impression à cette lecture est la surprise. Nick Hornby est là où on ne l'attend pas en se glissant dans la peau d'un adolescent de 16 ans qui se retrouve dans un rôle qu'il n'a pas souhaité. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il rend parfaitement bien le questionnement adolescent, l'égoïsme aussi qui prend le dessus dans ces cas-là, les réactions immatures et irresponsables qui sont immédiates (normal à 16 ans me direz-vous) mais aussi l'évolution du personnage face à cette situation qu'il est obligé d'accepter. J'avoue que je suis surprise de l'édition en collection adulte car j'ai eu plusieurs fois l'impression de me retrouver face à un roman pour ados, sans aucun jugement péjoratif bien sûr car j'aime les romans pour ados. mais j'ai peur que ça déstabilise le lectorat habituel de Nick Hornby, même si les adultes de ses précédents romans ressemblent beaucoup à des ados. J'ai apprécié la lecture mais mon Horbny préféré reste quand même "Haute fidélité" suivi de près par "A cause d'un garçon".
Bonne lecture!![]()
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17 juin 2008
Enfin !
AMANDA EYRE WARD, PARDONNEZ-MOI, Buchet Chastel, 291 pages, 2007. Traduit par Anne-Marie Carrière. Genre : une journaliste se souvient.
Depuis que j'ai lu ça, je ne cesse de courir après dans ma bibliothèque. Je leur ai fait acheter mais voilà, un lecteur anonyme m'a grillé la politesse en l'empruntant avant moi.
Nadine est une journaliste qui va sur le terrain pour rapporter des papiers où le sensationnel côtoie la vérité. Plus c'est dangereux, plus elle aime. Elle vit au Mexique depuis 10 ans et s'y fait violemment agressée lors d'une de ses enquêtes. En convalescence chez ses parents aux USA, elle rencontre un médecin qui la soigne, renoue avec sa meilleure amie et se souvient. Elle se rappelle de l'Afrique du Sud, l'apartheid, Nelson Mandela, et Jason Irving, un jeune blanc tué par un groupe de noirs survoltés, ses colocataires George et Thola et surtout Maxim son amour perdu.
Amanda Eyre Ward a réussi à m'emmener là où elle voulait et je n'y ai vu que du feu. Ce roman m'a subjuguée par la simplicité de ses mots, la force de son émotion plus que palpable et l'histoire bouleversante d'une reconstruction. Je suis charmée par cette écriture et ça tombe bien, il me reste ses autres romans à découvrir. Peut-être que ma bibliothèque les commandera tous cette fois.
Bonne lecture!![]()
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10 juin 2008
Un auteur irlandais...
JOHN MCGAHERNMCGAHERN, ENTRE TOUTES LES FEMMES, 10/18, 287 pages, 1995. Traduit par Alain Delahaye. Genre : roman familial centré sur le père.
Si vous voulez vous plonger dans la littérature irlandaise et que, comme moi, vous n'y connaissez rien, il vous faut aller là. Vous ne serez pas déçus.
Moran a vieilli, la mort n'est pas loin. Rose sa seconde femme prend soin de lui et ses trois filles viennent le voir aussi souvent que possible. Les souvenirs remontent et l'histoire de cette famille recomposée se déroule tout doucement. Moran est le père de cinq enfants : Mona, Maggie, Sheila, Luke et Michaël. Ce père est dur, très dur, violent parfois. Craint par ses enfants, il n'en est pas moins adoré. Son remariage avec Rose le fait douter. Ne va-t-elle pas changer les habitudes de la famille ? Les rites même, plutôt bien instaurés auxquels il ne faut surtout pas déroger ? Et les enfants, vont-ils l'aimer ?
Ce livre est à lire en prenant son temps. La plume de McGahern a un charme désuet qui m'a fait penser à Jane Austen, même si la comparaison s'arrête là. Les personnages sont très attachants, même celui du père qui pourtant étouffe sa famille bien des fois. Les filles sont plus fortes qu'elles en ont l'air et arrive à se détacher petit à petit de cette figure tutélaire qui les fascine et leur fait peur à la fois. Moran a plus de difficultés avec ses fils qui ne supportent plus son autorité. Un échec pour lui car malgré son orgueil, ses fils lui manquent. Moran est personnage ambigu, touchant parfois, détestable souvent. Âpre et dur comme le climat de l'Irlande mais époustouflant comme ses paysages. Ce roman est une jolie découverte que je dois à Yvon. J'ai très envie de me plonger dans un autre roman de lui La caserne, ce qui ne saurait tarder.
Bonne lecture !
(La couverture de la version poche est beaucoup plus jolie)
02 juin 2008
Une jolie initiation...
JOSE CARLOS LLOP, LE RAPPORT STEIN, Éditions Jacqueline Chambon, 101 pages, 2008. Genre : une sorte de "Grand Meaulnes".
C'est Hélène qui m'a donné envie de lire ce court roman, après avoir lu son billet ici. Ses conseils sont toujours judicieux, laissez-vous tenter.
Le héros de cette histoire, dont on apprend le nom Pablo Ridersa assez tardivement, est un jeune garçon qui fréquente une institution de jésuites. Il se plie sans mal aux contraintes hiérarchiques, à la loi du clan, et excelle en histoire. Il vit chez ses grands-parents et ignore pourquoi. Un nouvel élève fait son entrée au milieu de l'année, Guillermo Stein. Il est singulier, différent et un mystère plane autour de lui. Il n'en faut pas plus pour que les autres élèves le rejettent malgré la fascination. Sauf Pablo. Peut-être.
J'ai bien aimé ce court roman qui en quelques pages seulement nous plonge dans l'atmosphère de l'Espagne des années 60. Pablo est un héros attachant qui raconte son histoire en répétant ses mots de nombreuses fois. Cela n'est pas gênant au contraire, on suit mieux les réflexions de ce jeune homme et son évolution petit à petit vers le monde des adultes. Une jolie découverte chez une éditrice que je ne connaissais pas. Ignorance réparée.
Bonne lecture !
22 mai 2008
Encore sous le charme...
MAÏSSA BEY, AU COMMENCEMENT ÉTAIT LA MER, L'aube poche, 152 pages, 2007. Genre : une histoire d'amour en Algérie.
Béatrix m'a offert ce roman dans le swap Afrilire, concocté par Bladelor. J'avais repéré l'auteur depuis longtemps et avait envie de découvrir sa plume que l'on dit très belle.
Depuis la mort de son père, Nadia vit avec sa mère et ses frères et soeurs, Fériel la petite qui a encore pas mal de liberté, Salim son petit frère espiègle et Djamel le deuxième qui s'éloigne et s'isole de plus en plus de la famille. Nadia rencontre Karim. Que se passe-t-il ? Pourquoi lui fait-il cet effet-là ? Mais peut-on vivre une histoire d'amour à dix-huit ans, dans sa ville qui vit des heures particulières entre la haine, la colère et la mort.
L'écriture de Maïssa Bey est sobre, saisissante, poétique. En peu de mots, elle dit tout. L'avenir de Nadia se joue devant le lecteur, impuissant face à l'inévitable. Je suis sous le charme de l'héroïne, de l'auteur et j'ai beaucoup aimé cette histoire d'amour qui tourne mal. Une chose est sure, l'univers de Maïssa Bey est pour moi et je vais lire petit à petit ces autres romans.
Bonne lecture!
06 mai 2008
Je n'aimais déjà pas beaucoup ce prénom...
LIONEL SHRIVER, IL FAUT QU'ON PARLE DE KÉVIN, Belfond, 486 pages, 2006. Traduit par Françoise Cartano. Genre : un autre Columbine.
J'ai fini ce livre dimanche et depuis j'ai des difficultés à me plonger dans autre chose. J'avais envie de le lire depuis sa sortie mais je ne l'imaginais pas aussi dur. En tout cas, Kévin reste un prénom que je n'aime pas (goût très prononcé depuis mes années dans l'éducation nationale, allez savoir pourquoi...).
Eva Khatchadourian écrit des lettres à son mari dont elle est séparée. Elle lui raconte son histoire, la leur et celle de leur fils, Kévin. Celui qui a fait basculer leur vie le jour où il a décidé de tuer des camarades de lycée. Eva remonte dans ses souvenirs et nous peint le portrait d'un petit démon, qui la laisse perplexe. Comment en est-elle arrivé à aller voir son fils en prison ? Pourquoi a-t-il commis cet acte atroce et irréparable ?
Ce roman m'a mis mal à l'aise dès le début. Cette mère qui parle de son fils le fait sans vraiment d'amour dans les mots qu'elle emploie. On se rend compte que très vite, elle le rejette, regrettant finalement cette grossesse qui ne s'est pas passé comme prévu. Entre la mère qui ne voit que le mal dans son fils et le père qui le considère comme un incompris persécuté, qui a le regard le plus lucide sur Kévin ? Eva déroule les fils de la chronologie et petit à petit la vérité apparaît dans sa cruauté et dans son indicible. J'ai été horrifié par l'acte de cet ado (et tous ceux qui sont cités). Aux Etats-Unis, c'est malheureusement courant, ailleurs moins. Pourquoi ? Quelle est la différence ? La NRA ? Une certaine perversion dans la société ? Le niveau de vie ? Je ne sais pas mais en tout cas, ça fait froid dans le dos... Je ne peux que vous en conseiller la lecture mais attendez-vous à être bousculé, désorientée voire horrifiée par cette histoire. Mais tout ça dans le bons sens et pas gratuitement. Coup de chapeau à l'auteur (et à la traductrice) qui ne cherche pas la complaisance et la facilité.
Bonne lecture...
01 mai 2008
Vous reprendriez bien un peu de bonheur ?
WILL FERGUSON, BONHEUR, MARQUE DÉPOSÉE, 10/18, 409 pages, 2005. Traduit par Roxane Azimi. Genre : tout est dans le titre!
Ce roman est un livre que fait voyager Katell. Elle l'avait décrit comme un livre jubilatoire, pile ce qu'il me fallait pour faire une pause dans ma lecture difficile du moment.
Edwin Vincent de Valu (comment peut-on inventer un nom pareil!) est un éditeur qui s'occupe des livres de développement personnel chez Panderic. Vous savez, ces livres exactement quoi faire pour surmonter tous vos problèmes. Devant proposer une idée génial pour un nouveau bouquin, il propose un texte qu'il va ainsi sauver du rebut : les préceptes pour un vie meilleure de Vitthal Chakjur, un obscur personnage. Le succès est immense, à tel point que la société américaine change brusquement. Est-ce vraiment le bonheur vendu par ce livre dont on a besoin ?
J'ai beaucoup souri et de temps en temps ri franchement en lisant ce roman. C'est un moment de lecture très agréable. Ça se lit vite, c'est cynique et ironique. J'ai bien aimé le propos du livre qui dénonce tout ce qu'on essaie de nous vendre sur le régime miracle, comment arrêter de fumer et autre pour mieux vivre faites ce que je dis. Ceci dit, j'ai un peu été déçue par la fin qui est moins inspirée que le reste du roman. Si vous vous avez envie de passer un bon moment sans trop réfléchir, ce livre est pour vous!
Bonne lecture...
29 avril 2008
Un autre petit bout d'Afrique...
RUSSEL BANKS, AMERICAN DARLING, Babel, 571 pages, 2007. Traduit par Pierre Furlan. Genre : portrait d'une femme américaine vivant en Afrique.
En préparant le swap Afrilire de Bladelor, j'ai eu envie de me plonger un peu dans l'ambiance. J'ai donc choisi de lire ce roman que j'avais depuis un an sur mon étagère. D'autant plus que je ne connaissais pas l'auteur qui m'intriguait beaucoup.
Hannah Musgrave est proche de la soixantaine et vit dans une ferme qu'elle gère avec ses employées. Son passé, elle ne le dévoile pas entièrement aux gens qui l'entourent. A peine savent-ils qu'elle a vécu pendant quelques années en Afrique et qu'elle y a laissé un mari et trois enfants. L'envie de repartir là-bas, au Libéria, et de savoir ce qu'est devenu sa famille se fait sentir. Tous ses souvenirs remontent et elle nous raconte toute son histoire.
J'ai bien aimé ce roman. Et pourtant, l'héroïne n'est pas des plus sympathiques. Elle préfère les singes aux humains et n'a pas l'air très concernée par ses enfants. Hannah est un personnage très ambiguë, qui colle bien au Libéria, ce pays ravagé par la guerre, dont on entrevoit une partie de l'histoire ici. Ses dictateurs qui se succèdent, tous plus corrompus les uns que les autres, le rôle des Etats-Unis, loin d'être tout innocent, les problèmes ethniques qui ressurgissent à chaque fois que le pouvoir en a besoin. C'est une plongée très intéressante et je compte bien lire d'autres romans de Russel Banks car j'ai apprécié son écriture un peu rude qui rend parfois la lecture un peu dure.
Bonne lecture !
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